Souvenirs d’antan

Le voilà qui se fond dans son instrument. Les doigts pianotent à folle allure, ou à intervalles irréguliers qui ne cessent de surprendre l’auditeur dans la justesse de leurs distances. Les noires et les blanches s’entrechoquent avec ferveur. Certaines se marient quelques instants pour mieux repartir, tandis que d’autres se heurtent avec véhémence, produisant un choc sonore de couleurs éclatantes. Le chemin se trace au fur et à mesure que les mesures s’alignent, et sans démesure, s’envolent de la partition invisible.

Je n’avais jamais entendu cette parade. Cette course au plus bel enchaînement. Tantôt irrévérencieux, tantôt sage, il se transforme au gré des mains dansantes. Les sons qui sortent du piano m’enchantent. Ils tournent autour de moi avant de se fracasser contre mes tympans. Je peux les voir. Au bout de mes doigts, cette sensation. La texture de chaque touche appuyée apparaît sous la pulpe un peu rugueuse. Et disparaît aussitôt que la note ait fini de retentir. Je reconnais chacune d’entre elles. Je sais exactement laquelle se dérobe sous mes doigts. Laquelle sera frappée ensuite. Et mes mains s’animent seule. La mémoire d’un don d’avant. La mémoire de ce toucher à la fois familier, et si peu rencontré. La mémoire d’un vieil ami dont on ne se souvient que par petits détails. Un éclat de lumière dans l’œil droit. La douceur de la peau recouvrant son épaule. L’odeur de ses cheveux en matinée. Un instant furtif d’amitié au bord de la Seine. Une balade autour des marchés. Cette montre qu’il ne quittait jamais.

La musique emporte toute raison. Mon corps semble se souvenir mieux que mon esprit. Quelque chose en moi reprend vie. Une douce mélancolie me berce. Je ferme les yeux, et il n’y a plus que ce son magique vibrant dans mes os, et la sensation des touches tant aimées sous les doigts. Comme un regret trop fort qu’on veut enfouir, j’essaie de ravaler l’océan aux portes de mes paupières lourdes. Une goutte s’échappe. Bienheureuse de parcourir enfin le sillon qui se trace le long de ma joue. Elle danse, elle aussi.

Est-ce de la tristesse ? De la joie ?

Peu importe.

Je me laisse emporter par les sensations, et les souvenirs d’antan me font rêver de ces journées et de ces nuits lointaines où mes doigts étaient mes touches.

Inspiré grâce à Glenn Gould.

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The Fig Tree

Imma climb this tree like a monkey could do, and surely, the first one I can grab will be the right one. Then, I’ll sit on a branch, and eat this fruit like it would be the last one I could ever touch. And, when it’s over, I’ll climb even higher, and grab a second one. Maybe it won’t be as fruity as the first one. Maybe it won’t be as sweet as the previous fig. But maybe, I will like the end of it. And maybe, it will be juicier ! At least, I would have discovered a new type of fig. Learned that every single fig isn’t better than an other. And that I have plenty of time to try several ones. I have time to write poetry, I have time to learn science, I have time to be an editor, I have time to travel, I have time to have children. I have time to be everything that I am.
If being young means being a jerk, I don’t want to be young. If being young means I can taste this lot of figs in my life, I sure want to be.

Aujourd’hui. 16 Août 2013

J’ai demandé à l’Univers, un peu d’aventure. The greatest, most caring, most beautiful, and loveliest adventure.

Presque un an plus tôt, des amis s’étaient fait agressés. Les seules choses dont j’ai été alors capable de faire, étaient d’observer la scène, vérifier que personne n’était par terre, et fermer une porte pour réduire le bruit des cris hystériques pendant l’appel des pompiers. Super. Même pas une idée ne m’est passé par la tête. Comme si mon cerveau s’était déconnecté. Ca ressemblait beaucoup au déclenchement d’un mécanisme du genre « disjoncteur différentiel » : d’un seul coup, sans prévenir, tous ces mouvements, ces bruits, ces visions, ces émotions, ont surgi, et ont fait péter le transmetteur des informations pour me protéger. Une déconnexion qui n’abîme rien, simplement, me détache complètement de la réalité. Mon corps est ici, mais je ne peux rien en faire. Je vois la scène légèrement de haut, j’assiste à un acte dans lequel je suis sensée jouer. A vrai dire, je ne me souviens vraiment d’aucun ressenti physique à cet instant. Que des plaies et froncements de sourcils que j’ai vu. Je me souviens de ces mains aussi. Pression. Bien sûr ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé. Ce n’est même pas une question. Un constat. Une observation complètement objective de mon absence de réaction. Tiens, je n’y ai vraiment pas pensé. Pas de jugement. Un simple constat.

Redescente sur Terre. Mon corps tremble, je ne me sens pas de quitter la ville ainsi. La connexion s’est remise en route, et soudainement, tout ce que je n’ai pas ressenti pour garder le sang-froid que les autres avaient perdu arrive. Raz-de-marée. Finissant logiquement sur mes joues, j’essaie de maîtriser ma voix. A l’autre bout du fil, j’espère qu’on n’entend pas les trémolos. Que l’oreille n’écoute que le sens de mes mots, et non leur forme. Biscornue. Ils tanguent dangereusement entre ma bouche et le fond de ma gorge, et à chaque son voulu, je ne sais jamais où il finira sa course. Je suis désordonnée, je réalise. Je pleure. Comment ai-je pu ne rien faire. Non. Ce n’est pas ça. Comment n’ai-je pas réalisé à quel point cela m’a choquée ? Comment me retrouve-je assise dans les escaliers, un jour après, ressentant d’un seul coup tout ce qui n’était logiquement pas venu la veille ? Sang froid. Coeur de pierre ? Il s’effrite un peu. Maintenant qu’il n’a plus besoin de l’être, il retourne poussière.

Aujourd’hui, j’ai réalisé. Réalisé la plus belle et courageuse action de ma vie. Ce n’est pas grand chose. Mais maintenant que je suis là, rentrée dans le confort de mon chez moi, je me rend compte. Comme toutes ces fois où je tremble de peur, et me fais violence pour ne pas fuir. J’ai franchi ce pas. Ce pas que je n’arrivais pas à imaginer réellement. La vue de blessés dans un film, ou même une pub, me perturbe réellement. C’est comme ça. Je suis comme ça. On appelle ça de l’hypersensibilité. Certaines personnes naissent ainsi. D’autres non. J’avais l’habitude de les envier. Et puis, finalement, je ne le fais plus. Avec de l’entraînement, et un peu de force, une porte ouverte peut se fermer. En ouvrir une qui a toujours été fermée est beaucoup plus difficile, psychologiquement et physiquement parlant. Enfin, je crois. C’est ce que je vois dans ma tête. Bref, maintenant, je sais qu’être hypersensible ne veut pas dire « s’envoler au moindre coup de vent ». Ca veut dire « sentir et danser avec le moindre petit vent comme avec la plus grosse tempête, à la manière du roseau », quand les autres sont des arbres forts et droits, quoiqu’il arrive. Les deux survivent à une tempête. Seulement, l’un peut danser avec les petits alizés, jusqu’à avoir la tête qui tourne dans une tornade ; et l’autre peut sentir bouger ses feuilles à la brise, et rester imperturbable pendant l’orage. Au fond, pour le roseau, le tout est d’apprendre à se laisser guider par son partenaire-vent, et à se repérer dans la salle de danse au fil des tours effectués. J’aime danser. C’est laisser son corps aller où il a besoin, de la façon dont il a besoin, au moment où il en a besoin. On devrait danser tout le temps. Nos mouvements seraient tellement plus fluides, et leur cohérence correspondrait à celle qui décrit tous les phénomènes complexes de la vie et de l’univers.

Aujourd’hui a été une sacrée tempête. Plusieurs roseaux autour de moi et aucun ne s’y lance. Silence… Vas-y. C’est ton tour. Tant pis, je me suis jetée dedans pour danser.

Ne pas perdre l’objectif de vue. Sauver ce roseau presque arraché, s’apprêtant à s’envoler trop tôt dans le libeccio. Observer le mouvement de l’air. Découvrir comment déjouer les fluctuations inattendues. Pression. Ca coule. Il y en a tellement. Est-ce trop tard. Vas-y. Trop tard. Je crie. Dégoût. La scène est horrible. Je le vois dans leurs visages. Je le sens dans mes tripes. Je n’aime pas ça. Je veux fuir. Non ! Du temps. J’ai du temps. Toujours pas de roseau volontaire pour danser. Il n’a plus de temps. Il risque de ne plus en avoir. J’en ai. Tiens, prends-le. Pression. Je le retourne. Le bon côté. Aidez-moi. Tiens-le. Pression. Des mouchoirs. Non. Une serviette de bain. Oui. Pression. Appuie avec ça. Appuie bien. De l’eau. De l’eau ! Je trempe. J’essuie. J’essuie. Appelle-le ! J’essuie. Dis son nom ! J’essuie. Dis le tien ! Celui d’un ami ! J’essuie. Son propre souffle est régulier et dégagé. Tu as appelé. Tu es allée chercher cette information précieuse. Les roseaux timides s’activent. Ils me prêtent main forte. Me donne ce dont j’ai besoin. Ce dont il a besoin. Il ouvre les yeux. Les referme. Les rouvre plus tard. Pour les refermer. Le tourbillon est trop fort pour lui. Reste avec moi. Ecoute ton ami. Ecoute. Ils arrivent. Ils sont là pour toi. Je crois que tu iras bien.

J’ai fait de mon mieux. Ce n’est pas parfait, il faut repositionner un peu le bras. Que s’est-il passé ? Au milieu des voix confuses et mélangées, je le regarde dans les yeux et parle clairement. Le brouhaha s’arrête. J’explique mes gestes. Ils t’entourent et te mettent sur un brancard pendant que je donne les détails et ma date de naissance. Je suis la plus jeune des roseaux présents. Les plus vieux n’ont-ils jamais vu d’accident pour savoir quoi faire ? Est-ce si rare que ça ? Je me questionne. Cela m’intrigue vraiment. C’est la première fois que je vois autant de sang en vrai. Etait-ce leur première fois également ? Ne voit-on pas ce genre de scène qu’une fois dans sa vie ? Ou des dizaines ? Je suis calme. Mon corps tremble un peu de temps à autre. Il a encaissé le stress pour laisser mon cerveau fonctionner librement. Je redis la scène une fois, deux fois. Toujours aussi calme. Je suis complètement détachée. Je ne remarque même pas le sang sur ma main droite. Quelqu’un me le fait remarquer en me proposant de les laver au tuyau. Je ne remarque même pas le sang sur ses vêtements. Vous pourriez faire infirmière. Non merci. Ou pourquoi pas. Ce sentiment étrange. J’ai aimé. Comment dire. Ce moment. S’activer pour sauver. Faire tout son possible pour garder quelqu’un en vie. Ne plus penser à rien d’autre qu’à surveiller sa position, ses voies respiratoires et cette plaie qui s’arrête lentement de saigner. Agir rapidement avec délicatesse. Tenir ce corps avec tout l’Amour du monde. Espoir, cette certitude au fond de soi que l’on fait bien. Ne plus penser à ses propres peurs et dégoûts. Existent-ils vraiment ? Ils n’étaient pas là quand j’étais à genou. L’arrivée des secours, et voir la conscience revenir et répondre. Sentir qu’elle est à nouveau . Toute la paix qui règne après cette panique, puis ce travail acharné.

Une dernière interrogation. Les solutions apparaissaient d’elles-mêmes, comme si elles avaient été préparées à l’avance quelque part, et qu’il n’y avait plus qu’à me passer l’idée toute faite au moment où j’en aurai besoin. Etait-ce prévu, quelque part dans l’Univers, que je sois là ce midi ? Une épreuve dont on savait que je pourrai relever ?

Car, surtout, je ne pensais pas être prête à ça aujourd’hui. Je ne pensais pas pouvoir faire tout ça. Je n’avais jamais imaginé qu’aujourd’hui j’allai braver toute cette peur, ce dégoût, cette frayeur, ce tétanisme, cette panique, que j’ai ressentis, pour aider une personne que j’avais vraiment cru voir morte.

Je me dis que j’ai un peu de courage, quand même. En roseau souple, j’ai beaucoup beaucoup de peurs survoltées et virevoltantes, mais il faut croire que j’ai un don pour apprendre à danser.

Ca tombe bien.

J’aime danser.

– The Walls Around my Noise –

Lara, que j’ai connu il y a quelques années à l’ARIA, un stage d’un mois de théâtre en Corse, fait de la musique avec ses frères !
Le rendu est vraiment sympa, planant et léger, sans être dépressif, le genre de musique relaxant que j’écouterai dans mon bain après une dure journée de travail…
Super boulot Lara !

skinofair

This is our very first song – our first try – 
The lyrics & melody are from (me) : Lara Serreri Green
The music is from the lovely brothers : Juan – Pablo & Federico Diaz 
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Breathing – Lying – Wachting out the door
Thinking – Touching – wanting always more
Having – wasting – throwing and get sore
I am the soul that i am
I am the body that i am
I am my face – my voice – my wind
I am the walls all around my noise
Choosing  – Saying – Flying everywhere
Sitting – Fixing – Creating something there
Mooving – Being  – Praying and just stare
I am the soul that i am
I am the body that i am
I am my face – my voice – my wind
I am the walls all around my noise
I am a dreamer – but a dreamer in my way
I am a dreamer – but a…

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I’m going in Scotland this summer to make a documentary about its legends, and need your help to get everything I need before leaving and during the trip !

Je pars en documentaire en Ecosse cet été, et j’ai besoin de VOUS pour m’aider à acheter toutes les affaires qu’il me faut avant de partir, et le nécessaire pendant le trip ! 😉